Focus

      Espèces nicheuses inattendues

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      Eider à duvet © Marcel Burkhardt

      La dynamique de la distribution des oiseaux nicheurs est un processus en perpétuelle évolution. L’installation – temporaire ou pérenne – au cœur de l’Europe d’espèces nichant habituellement loin de la Suisse fait partie des surprises qui intriguent et fascinent tant l’ornithologue amateur que le monde scientifique.

      En dehors de ces installations, plusieurs nidifications isolées concernent des espèces montrant des dynamiques colonisatrices plus ou moins marquées : Alouette calandrelle, Bergeronnette citrine, Échasse blanche, Pouillot verdâtre notamment. Si certains cas sont restés sans lendemain, d’autres pourraient être suivis de nouvelles tentatives dans un avenir proche. Enfin, le Pluvier guignard et la Gorgebleue à miroir roux, qui nichent très localement dans les Alpes centrales et orientales, loin de la toundra scandinave, constituent des cas particuliers.

      La Suisse se situe à grande distance des aires de reproduction et d’hivernage traditionnelles de l’Eider à duvet. Il y est toutefois un migrateur et hivernant régulier et s’y reproduit même presque chaque année depuis 1992.

      © Fond de carte : Natural Earth, Stamen Design & OpenStreetMap

      Il n’est guère possible de trouver un dénominateur commun à des exemples aussi divers, tant le contexte et la dynamique de chaque espèce sont différents, mais ils mettent tout au moins en lumière l’importance que peuvent parfois revêtir quelques individus pionniers dans l’éventuelle colonisation d’une région, peut-être en réponse à des changements environnementaux. Si ces cas ont très certainement toujours existé, il est certain que leur détection et leur suivi sont aujourd’hui facilités par l’activité ornithologique florissante, des outils performants d’aide à l’identification et la transmission plus rapide et plus efficace des observations. Il y a fort à parier que les saisons à venir réserveront encore de belles surprises aux ornithologues.

      Habitué aux côtes océaniques du nord de l’Europe, le Harle huppé trouve sur le lac de Neuchâtel son site de reproduction le plus méridional d’Europe occidentale.

      © Fond de carte : Natural Earth, Stamen Design & OpenStreetMap

      La situation de la Suisse au centre de l’Europe, à l’interface de plusieurs zones biogéographiques, lui vaut d’être visitée par une diversité remarquable d’espèces. C’est notamment le cas des Anatidés, dont certains prolongent parfois leur séjour hivernal pour occuper nos lacs également en été, voire y nicher. Si le phénomène concerne avant tout des espèces pour lesquelles la Suisse se situe en marge de l’aire de répartition (Sarcelles d’hiver et d’été, Canard souchet, Fuligule nyroca), il revêt une dimension plus spectaculaire lorsqu’il est le fait de représentants strictement maritimes. Canard emblématique des littoraux nord-atlantique et baltique, l’Eider à duvet a vu ses effectifs hivernaux augmenter dans les années 1970-1980, plusieurs afflux ayant même conduit à l’estivage de petits groupes. Après une première reproduction en 1988, l’espèce niche presque annuellement en petits nombres depuis 1992, faisant de la Suisse une exception au cœur du continent. Nordiques eux aussi, le Harle huppé et la Sterne arctique nichent irrégulièrement dans la région du Fanel BE/NE, respectivement depuis 1993 et 2014. Il s’agit pour ces deux espèces du site de reproduction le plus méridional d’Europe centrale. Par ailleurs, un couple mixte de Sterne arctique et pierregarin s’est également reproduit au delta du Rhin A de 2010 à 2013. Le Tadorne de Belon s’est installé dès 1998 et niche régulièrement depuis 2011 dans le bassin lémanique, bien loin des noyaux de population les plus proches.

      Texte: Jérémy Savioz


      Citation recommandée de l’Atlas en ligne:
      Knaus, P., S. Antoniazza, S. Wechsler, J. Guélat, M. Kéry, N. Strebel & T. Sattler (2018): Atlas des oiseaux nicheurs de Suisse 2013-2016. Distribution et évolution des effectifs des oiseaux en Suisse et au Liechtenstein. Station ornithologique suisse, Sempach.

      Bibliographie

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      Cereda, A. & B. Posse (2002): Habitats et reproduction de la Gorgebleue à miroir roux Luscinia svecica svecica au Tessin (Alpes suisses). Réflexions sur le statut de la sous-espèce en Europe moyenne. Nos Oiseaux 49: 215–228.

      Curchod, J., G. Carron, L. Maumary & B. Posse (1990): Première preuve de nidification de l'Alouette calandrelle, Calandrella brachydactyla, en Suisse. Nos Oiseaux 40: 345–353.

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      Knaus, P. (2000): Die Brandgans Tadorna tadorna als neuer Brutvogel in der Schweiz. Ornithol. Beob. 97: 7–20.

      Maumary, L. & F. Schneider (2018): Première preuve de nidification du Pouillot verdâtre Phylloscopus trochiloides en Suisse. Nos Oiseaux 65: 35-52.

      Monnier, B. (1995): Considérations sur les premières nidifications du Harle huppé (Mergus serrator) en Suisse en 1993 et 1994. Nos Oiseaux 43: 139–153.

      Müller, C. (2015): Seltene und bemerkenswerte Brutvögel 2014 in der Schweiz. Ornithol. Beob. 112: 189–202.

      Müller, C. & B. Volet (2014): Seltene und bemerkenswerte Brut- und Gastvögel und andere ornithologische Ereignisse 2013 in der Schweiz. Ornithol. Beob. 111: 293–312.

      Müller-Derungs, M., R. Lentner, E. Albegger & P. Knaus (2014): Neue Brutnachweise des Mornellregenpfeifers Charadrius morinellus in Graubünden. Ornithol. Beob. 111: 1–12.

       

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