Situation des oiseaux nicheurs

    Une fois encore, 2018 a été une année de conditions météorologiques extrêmes, ce qui s’est traduit en particulier par un nouveau record annuel de température. De plus, l’été n’avait jamais été aussi chaud depuis le début des mesures en 1864. Cette chaleur s’est accompagnée d’un manque de précipitations durant des mois. Ce genre d’année « exceptionnelle » a des conséquences sur les espèces nicheuses indigènes, à court terme comme à long terme.

    La Suisse assume une grande responsabilité internationale pour le Bouvreuil pivoine (au sommet) et la Niverolle alpine. Les deux espèces font partie du SBI® Climate Change Minus, dont l’évolution prévue est négative. Leurs effectifs ont diminué depuis 1993-1996.
    La Suisse assume une grande responsabilité internationale pour le Bouvreuil pivoine (au sommet) et la Niverolle alpine. Les deux espèces font partie du SBI® Climate Change Minus, dont l’évolution prévue est négative. Leurs effectifs ont diminué depuis 1993-1996.
    photo © Thomas Hardt

    photo © Marcel Ruppen
    Les effectifs de nombreux oiseaux sédentaires et migrateurs à courte distance, comme le Grimpereau des bois (en vert), le Rougegorge familier (en rouge) et le Roitelet huppé (en bleu), enregistrent en 2018 une régression à court terme, en raison des fortes chutes de neige et des grands froids en montagne de l’hiver 2017/18.
    Les effectifs de nombreux oiseaux sédentaires et migrateurs à courte distance, comme le Grimpereau des bois (en vert), le Rougegorge familier (en rouge) et le Roitelet huppé (en bleu), enregistrent en 2018 une régression à court terme, en raison des fortes chutes de neige et des grands froids en montagne de l’hiver 2017/18.
    photo © archives de la Station ornithologique
    Évolution du Swiss Bird Index SBI® Climate Change Minus (en bleu) et du SBI® CC Plus (en rouge) de 1990 à 2018 : les espèces faisant l’objet d’une prévision négative (SBI® CC Minus) n’affichent guère d’évolution. Mais si l’on observe la progression des effectifs absolus plutôt que des valeurs combinées représentées ici, la tendance est alors nettement négative.
    Évolution du Swiss Bird Index SBI® Climate Change Minus (en bleu) et du SBI® CC Plus (en rouge) de 1990 à 2018 : les espèces faisant l’objet d’une prévision négative (SBI® CC Minus) n’affichent guère d’évolution. Mais si l’on observe la progression des effectifs absolus plutôt que des valeurs combinées représentées ici, la tendance est alors nettement négative.
    photo © archives de la Station ornithologique

    Un hiver enneigé puis une période de nidification favorable
    Les fortes neiges et les températures parfois très basses de l’hiver 2017/18 ont fait chuter les effectifs de nombreux oiseaux sédentaires et migrateurs à courte distance. Des espèces comme la Mésange noire, la Mésange huppée, l’Hirondelle de rochers, la Mésange à longue queue, le Grimpereau des bois, le Merle noir, le Rougegorge et le Roitelet huppé ont nettement régressé par rapport à l’année précédente.

    Cet hiver rigoureux a été suivi d’une période de nidification favorable, marquée par des conditions de chaleur mais aussi de sécheresse persistante. Avril a dépassé de 3,9 °C la normale climatique de 1981-2010. En affichant 2,4 °C au-dessus de la normale, l’été 2018 a franchi le record de chaleur de 2003 (+2,2 °C). Cette période s’est aussi distinguée par son absence de pluie. En moyenne, les précipitations n’ont atteint que 71 % de la normale de juin à août sur toute la Suisse, voire encore moins au niveau régional (p. ex. en Suisse orientale).

    Cette situation météorologique a favorisé le succès de nidification de nombreuses espèces. En revanche, pour celles qui se nourrissent principalement au sol (p. ex. les Grives), il était difficile de trouver suffisamment de lombrics dans la terre endurcie.

    Les effets négatifs du réchauffement

    La hausse massive des températures estivales ces dernières années est une conséquence du réchauffement climatique, dont les effets paraissent à première vue positifs pour les oiseaux nicheurs. En Suisse, quelques espèces rares ou peu fréquentes, telles que le Circaète Jean-le-Blanc, le Guêpier d’Europe et le Tarier pâtre semblent effectivement en profiter. De même, le Swiss Bird Index SBI® Climate Change Plus (SBI® CC Plus) est en nette augmentation depuis 1990, tandis que le SBI® CC Minus n’est pas négatif. Les SBI® CC Plus et Minus concernent chacun les 20 espèces dont l’aire de répartition devrait respectivement augmenter ou diminuer le plus selon les modèles.

    Le SBI® calcule cependant la moyenne de l’évolution relative des espèces et tient compte p. ex. de l’énorme progression du Guêpier d’Europe. Mais si l’on considère l’évolution absolue des effectifs, l’appréciation est alors différente. Avec le nouvel atlas des oiseaux nicheurs de Suisse, les estimations des effectifs de 2013-2016 peuvent être comparées à celles de 1993-1996, en les conjuguant avec les indices des effectifs nicheurs. Sur ces 20 dernières années, les 20 espèces du SBI® CC Plus ont augmenté en tout d’environ 7700 couples (de 25 400 à 33 100). Les trois espèces les plus répandues de ce groupe sont le Bruant fou (de 1993-1996 à 2013-2016 : +380 couples nicheurs), l’Hirondelle de rochers (+2600) et le Loriot d’Europe (+920). Néanmoins, les espèces de ce groupe présentent des effectifs bien inférieurs à celles du SBI® CC Minus.

    Dans le groupe du SBI® CC Minus, les 20 espèces en tout ont diminué d’environ 91 000 couples (de 453 000 à 362 000) durant le même laps de temps. Les trois espèces les plus répandues ont notamment subi des pertes sévères : le Merle à plastron (-30 000 couples), le Bouvreuil pivoine (-32 500 couples) et la Grive litorne (-26 500 couples). Néanmoins, comme ce groupe, contrairement au SBI® CC Plus, comprend aussi des espèces en augmentation (en particulier la Cigogne blanche : +161 %), les hausses et les baisses se compensent, ce qui signifie que l’indice est globalement équilibré. Une vue d’ensemble des chiffres relatifs à ces 40 espèces nicheuses peut être consultée en ligne. Même si d’autres facteurs, tels que l’intensification de l’agriculture et la reforestation consécutive à l’abandon de surfaces peu rentables, exercent aussi une influence, le changement climatique provoque donc déjà des modifications substantielles chez les oiseaux nicheurs. Les oiseaux de montagne sont les premiers touchés, ce qui est préoccupant, sachant que la Suisse assume une responsabilité particulière au niveau international pour la survie d’un grand nombre de ces espèces.