Etat de stress des populations de perdrix grises réintroduites en Suisse

    Est-ce que les activités de loisir et les travaux d’agriculture provoquent des dérangements pour la perdrix grises et ainsi un stress chronique ? La réponse à ces questions est essentielle si l'on veut réintroduire avec succès la perdrix grise, menacée d'extinction.

    Objectifs

    En Suisse, des perdrix grises ont été réintroduites dans le Klettgau schaffhousois depuis 1998 et en Champagne genevoise depuis 2004 (voir « réintroduction de la perdrix grise »). La cause principale de la disparition de la perdrix grise, c'est l´appauvrissement de l'habitat. Par contre, les dérangements (promeneurs, joggeurs, cyclistes, chiens sans laisse, agriculture) sont considérables aussi bien dans le Klettgau qu'en Champagne genevoise. Ils influencent les perdrix grises aussi bien à court terme sur leur comportement qu'à long terme sur les changements d'utilisation du territoire. Dans le Klettgau, les grandes manifestations organisées par le club canin Agility qui ont justement lieu durant la période de nidification, compromettent le succès de nidification. On ignore encore si et dans quelle mesure, les dérangements provoquent un stress chronique chez les perdrix grises réintroduites. Ces questions pourront être étudiées grâce à l'étude analysant l'hormone de stress dans les fientes. La méthode a déjà été utilisée avec succès chez le grand tétras (Thiel et al. 2005) et le tétras lyre (Baltic et al. 2005).

    Procédé

    L'étude des échantillons de fientes est particulièrement appropriée pour déterminer le niveau de base de l'hormone de stress des espèces sauvages car les individus sauvages ne sont stressées ni par une capture ni par une prise de sang. Les valeurs hormonales dans les fientes restituent par conséquent intégralement et rétrospectivement l'état endocrinien des animaux des heures précédentes.

    Les dérangements sont considérables dans les deux régions de réintroduction. Par conséquent, les échantillons de fientes des deux populations réintroduites seront comparés aux échantillons des populations peu dérangées en Allemagne et en Pologne. En hiver, les perdrix grises sont groupées en chaîne et cherchent souvent des structures protectrices et offrant un abri comme les haies drues et des « refuges » très bas. A ces endroits, les fientes peuvent très bien être récoltées et aussi datées si les vieilles fientes sont enlevées. A titre d'essai, il a fallu tout d'abord faire l'expérience de déterminer les métabolites de la corticostérone dans les fientes et évaluer les anticorps appropriés.

    Le travail de master de Cornelia Keiser, EPF Lausanne, a surtout consisté à élaborer l'analyse biochimique pour déterminer les métabolites dans les fientes ainsi qu'à étudier la durée de conservation et respectivement la vitesse de désassimilation des métabolites hormonaux.

    Le travail de master de Benjamin Homberger, Université de Zurich, a comparé la concentration des métabolites de la corticostérone dans les fientes des perdrix grises des régions suisses de réintroduction avec celles de régions moins ou peu dérangées à l'étranger et a étudié s'il y a une corrélation entre les métabolites de la corticostérone dans les fientes et la condition physique.

    Résultats

    Le titrage pour déterminer les métabolites de la corticostérone dans les fientes a pu être développé. Les études préliminaires en laboratoire ont montré que la température et l'humidité influençaient la concentration des métabolites de la corticostérone c’est pourquoi les échantillons devaient être ramassés aussi « frais » que possible. L'étude de terrain a révélé que les perdrix grises étaient principalement présentes dans les territoires où peu de personnes s'attardaient. Ceci n'a pas permis que suffisamment d'échantillons puissent être ramassés dans les régions fortement fréquentées et c'est pourquoi l'influence des activités humaines sur la libération de corticostérone n'a pas pu être étudiée. Non seulement les perdrix grises mais aussi les rapaces fuyaient les régions fortement fréquentées par les êtres humains et cela donnait l’impression que ces deux espèces étaient repoussées dans des régions ayant peu de dérangement. Quand beaucoup de rapaces étaient présents, on pouvait observer des taux élevés de corticostérone. L'apparition des rapaces déclenchait la libération de corticostérone. Ensuite, la variation de concentration des métabolites de corticostérone a pu être expliquée par la saison et la taille du groupe. Durant la période de nidification, les valeurs étaient plus élevées qu'avant ou après la période de nidification, comme cela a aussi été prouvé pour beaucoup d'autres espèces d'oiseaux. On pouvait s'y attendre car la période de nidification exigeait plus du métabolisme et la corticostérone aidait à mettre l'énergie nécessaire à disposition. Les animaux qui se déplaçaient en groupe avaient considérablement moins de métabolites de corticostérones que les animaux isolés. Ce résultat soutient la théorie que la vie en groupe est avantageuse pour les perdrix grises en particulier pour se protéger des prédateurs.

    Responsable de projet

    Lukas Jenni, Susi Jenni-Eiermann

    Partenaire

    Prof. Dr. Rupert Palme, Veterinärmedizinische Universität Wien

    Publications