Comment sauver le vanneau huppé ?

    Le vanneau huppé a bien failli disparaître de notre pays. Mais un projet de conservation dans la plaine de Wauwil (LU) porte désormais ses fruits, et est repris sur de nombreux autres sites. Que faut-il faire pour assurer l’avenir de cet élégant échassier ?


    photo © Marcel Burkhardt
    Jachère clôturée où nichent les vanneaux huppés. Côté droite de l’image, une jachère tournante. La clôture doit être tendue. Le fil inférieur n’est pas électrifié pour ne pas blesser les petits animaux, dont les poussins de vanneaux.
    Jachère clôturée où nichent les vanneaux huppés. Côté droite de l’image, une jachère tournante. La clôture doit être tendue. Le fil inférieur n’est pas électrifié pour ne pas blesser les petits animaux, dont les poussins de vanneaux.
    photo © Petra Horch
    Jachère à vanneaux à fin avril. La végétation est basse et clairsemée, ce qui permet aux vanneaux d’avoir une vue dégagée. Ce sol ne sèche jamais complètement. En arrière-fond, on voit que la jachère tournante a poussé. Elle offre une protection aux poussins contre les prédateurs et le fort rayonnement solaire.
    Jachère à vanneaux à fin avril. La végétation est basse et clairsemée, ce qui permet aux vanneaux d’avoir une vue dégagée. Ce sol ne sèche jamais complètement. En arrière-fond, on voit que la jachère tournante a poussé. Elle offre une protection aux poussins contre les prédateurs et le fort rayonnement solaire.
    photo © Petra Horch
    Dans le marais de Fraubrunnen (BE), l’Ala bernoise a pu acquérir une parcelle importante pour le vanneau huppé et assurer ainsi son avenir à long terme. Grâce à la mise en valeur du biotope, 21 couples ont déjà pu y nicher en 2014.
    Dans le marais de Fraubrunnen (BE), l’Ala bernoise a pu acquérir une parcelle importante pour le vanneau huppé et assurer ainsi son avenir à long terme. Grâce à la mise en valeur du biotope, 21 couples ont déjà pu y nicher en 2014.
    photo © Petra Horch
    Les poussins quittent le nid immédiatement après l’éclosion, mais ce n’est qu’à l’âge de 35 jours environ qu’ils sont capables de voler. Pour qu’une population de vanneaux puisse grandir, il faut qu’il y ait en moyenne au moins deux poussins sur 10 qui atteignent l’âge adulte.
    Les poussins quittent le nid immédiatement après l’éclosion, mais ce n’est qu’à l’âge de 35 jours environ qu’ils sont capables de voler. Pour qu’une population de vanneaux puisse grandir, il faut qu’il y ait en moyenne au moins deux poussins sur 10 qui atteignent l’âge adulte.
    photo © Marcel Burkhardt
    Le vanneau huppé ne niche plus que ponctuellement en Suisse. Il faut donc protéger chaque site. Les principales colonies (la carte montre les sites occupés en 2014) se trouvent dans la plaine de Wauwil et dans le marais de Fraubrunnen.
    Le vanneau huppé ne niche plus que ponctuellement en Suisse. Il faut donc protéger chaque site. Les principales colonies (la carte montre les sites occupés en 2014) se trouvent dans la plaine de Wauwil et dans le marais de Fraubrunnen.

    En 2004, les effectifs du vanneau huppé en Suisse étaient tombés à une petite centaine de couples nicheurs. L’échassier, autrefois commun dans les zones humides du Plateau, menaçait de disparaître sur notre territoire. Mais il a eu de la chance dans son malheur : depuis 2003, il est considéré comme une « espèce prioritaire pour une conservation ciblée », et les derniers couples nicheurs bénéficient de l’attention assidue des scientifiques et des protecteurs des oiseaux.

    Phase pionnière dans la plaine de Wauwil

    La Station ornithologique a lancé en 2005 un projet de conservation dans la plaine de Wauwil sur le Plateau lucernois, où, comme partout ailleurs, la situation était désolante : les ornithologues n’y avaient dénombré plus que 17 couples nicheurs, alors qu’ils étaient encore une soixantaine dans les années 80. La Station ornithologique a commencé par identifier les problèmes, puis elle a mis en place des mesures de protection. Les études ont révélé qu’une combinaison de trois facteurs était responsable du piètre taux de réussite des couvées de ce nicheur au sol : l’exploitation des champs au moment de la nidification, le manque de nourriture et la prédation. Ce dernier élément a pu être éliminé grâce à des clôtures électriques qui protègent les champs abritant des nids et des familles de vanneaux des renards, chats et autres prédateurs. La Station ornithologique a remédié au manque de nourriture en créant des mares au bord desquelles les jeunes vanneaux peuvent trouver de petits organismes même par temps sec. Malheureusement, au départ, par manque de soutien des propriétaires de terrains, seules quelques mares temporaires ont pu être créées. La situation s’est débloquée en 2009, lorsque des paysans se sont déclarés prêts à ne mettre en culture les champs de maïs de l’année précédente qu’après l’éclosion des jeunes vanneaux. Cela a permis de mieux protéger les nids et leurs environs. Pour cette mesure, les agriculteurs ont reçu une contribution financière du canton de Lucerne dans le cadre du projet de mise en réseau de la plaine de Wauwil. Mais la mise en place de jachères tournantes dès 2011 s’est révélée encore plus efficace, car ces parcelles ne sont pas cultivées jusqu’en août. Cette mesure a également été dédommagée dans le cadre du projet de mise en réseau. Grâce à cette combinaison de mesures, la population locale de vanneaux a atteint 56 couples en 2014. Ce résultat est dû aux partenariats mis en place par la Station ornithologique avec les paysans locaux, les conseillers agricoles et les autorités cantonales et fédérales.

    Depuis 2008, la plaine de Wauwil abrite une réserve d’importance nationale pour les oiseaux d’eau et migrateurs devant aussi servir à la protection du vanneau huppé. La chasse y a été limitée, les promeneurs doivent rester sur les chemins balisés, les chiens tenus en laisse, et de nombreuses routes sont interdites à la circulation. Il faudrait maintenant que l’exploitation agricole intensive avec élevage (en particulier l’engraissement de porcs), l’industrie laitière et l’agriculture s’adaptent aussi à ce statut de protection : le travail du sol durant la nidification ne fait pas bon ménage avec la conservation du vanneau huppé.

    Les protecteurs du vanneau huppé se mettent en réseau

    En 2012, la Station ornithologique et l’Association suisse pour la Protection des Oiseaux ASPO/BirdLife Suisse ont créé le groupe de travail Vanneau huppé, plaque tournante pour tous les conservateurs actifs de cet oiseau. Tous les deux ans, une rencontre est organisée dans une région à vanneaux, pour échanger connaissances et expériences, identifier les lacunes et réfléchir à des solutions.

    Mesures de conservation pouvant s’appliquer dans tout le pays

    Le projet pionnier de la plaine de Wauwil montre de manière exemplaire ce qu’il faut faire de nos jours pour donner une chance de survie à une espèce fortement menacée dans les régions de culture intensive. Les expériences sont désormais appliquées dans d’autres régions de Suisse où le vanneau huppé est encore nicheur.

    C’est le cas par exemple à Gossau (ZH) : l’Association Zurichoise pour la Protection des Oiseaux ZVS/BirdLife Zurich a clôturé une zone de nids de 5 ha, et l’agriculteur a adapté son mode de culture aux besoins des vanneaux. En 2014, 8 couples y ont niché. A Vouvry (VS), près de l’embouchure du Rhône dans le lac Léman, les deux couples ont pu nicher sur une parcelle clôturée en zone agricole. A Frauenwinkel (SZ) et dans le marais de Nuol (SZ), il ne reste que peu de couples nicheurs dans ces zones humides qui constituaient pourtant leur habitat d’origine. Dans les deux endroits, des clôtures électriques ont été installées aussi bien dans la zone protégée que dans les champs alentours où les familles de vanneaux se nourrissent, ce qui en 2014 a permis à 5 couples de nicher à Frauenwinkel et 11 dans le marais de Nuol. L’entretien est le résultat de l’intense travail préparatoire d’un ornithologue passionné. Il est assuré par la Fondation de Frauenwinkel et par le service cantonal de la nature, la chasse et la pêche. Au Neeracherried (ZH), où 7 couples ont niché l’année dernière, et dans la zone de Flachsee/ Stille Reuss (AG), où 8 couples ont été dénombrés, aucune clôture n’a été érigée à cause d’autres habitants des zones protégées, résultant en des nichées aux taux de réussite très bas.

    Dans le cas du marais de Fraubrunnen (BE), c’est une autre méthode qui a été choisie. En 1997, l’inspection de la protection de la nature du canton de Berne (aujourd’hui service de la promotion de la nature SPN) a conclu un contrat de protection avec l’un des principaux exploitants et propriétaires pour conserver la colonie de vanneaux qui nichait là. L’agriculteur s’engageait à adapter son mode d’exploitation aux besoins du vanneau, et recevait en contrepartie un dédommagement du canton pour son manque à gagner et pour l’entretien d’une jachère ouverte. En 2007, les deux partenaires ont revalorisé la zone dans un projet commun avec la fondation Bubo et la commune de Fraubrunnen. Ils ont reçu un soutien financier de l’Ala bernoise (Société bernoise pour l’étude et la protection des oiseaux), d’une fondation privée et d’Ala Suisse. La couche supérieure du sol a été enlevée sur une surface de 140 ares pour créer des mares. Pendant la nidification, la zone est protégée par une clôture électrique. Les vanneaux ont immédiatement investi le biotope, et leurs effectifs s’élevaient à 21 couples en 2014, ce qui en fait la seconde colonie du pays. L’année dernière, l’Ala bernoise a pu acquérir la surface revalorisée et les parcelles voisines (480 ha au total) grâce au généreux soutien financier de différents donateurs. Il s’agit maintenant d’adapter l’ensemble du terrain aux besoins du vanneau.