Cohabiter grâce à des sites en suffisance

    La population et l’aire de répartition du goéland leucophée ont connu une forte croissance ces dernières années, induisant une concurrence accrue avec d’autres laridés pour les sites de nidification. On peut cependant atténuer cette compétition.

    Evolution des effectifs du goéland leucophée en Suisse depuis la première nidification en 1968. La proportion de nidifications sur les toits par rapport à l’effectif total est également indiquée.
    Evolution des effectifs du goéland leucophée en Suisse depuis la première nidification en 1968. La proportion de nidifications sur les toits par rapport à l’effectif total est également indiquée.
    photo © Station ornithologique suisse
    Le goéland leucophée niche de préférence sur des îles, mais on constate de plus en plus de nidifications sur les toits plats.
    Le goéland leucophée niche de préférence sur des îles, mais on constate de plus en plus de nidifications sur les toits plats.
    photo © Pascal Rapin
    Plateforme de nidification à Rapperswil SG, avec structure spéciale offrant un accès pour la mouette rieuse et l’interdisant au goéland leucophée.
    Plateforme de nidification à Rapperswil SG, avec structure spéciale offrant un accès pour la mouette rieuse et l’interdisant au goéland leucophée.
    photo © Klaus Robin

    Le goéland leucophée niche en Suisse depuis 1968, après une forte croissance de sa population méditerranéenne. Aujourd’hui, il a colonisé la plupart de nos lacs de plaine et quelques tronçons fluviaux. L’effectif nicheur a augmenté pour atteindre plus de 1400 couples en 2015, dont 80 % nichent sur le lac de Neuchâtel sur quatre grandes îles au Fanel BE/NE et à Cheseaux-Noréaz VD. Une autre grande colonie de 100 couples se trouve dans le delta de la Reuss UR. Les autres sites de nidification accueillent au maximum 10 à 30 couples. Depuis 2010, le nombre de nidifications sur les toits a augmenté, une fois la quasi-totalité des grandes îles de gravier de Suisse occupées. Les plus grandes de ces colonies, accueillant chacune environ 80 couples, se trouvent sur des toits plats à Mägenwil AG et à Allaman VD. En 2019, environ un sixième de la population nichait sur ces toits qui offrent la même protection que les îles contre les prédateurs terrestres.

    Cependant, depuis quelques années et pour des raisons peu claires, les effectifs du goéland leucophée sont stables ou en léger recul. La limitation de la nourriture et de la disponibilité des sites de nidification sur les îles en gravier du fait de l’apparition de végétation pourraient jouer un rôle, tout comme la prédation. De plus, le goéland leucophée se retrouve régulièrement en concurrence avec la mouette rieuse ou la sterne pierregarin. Ces deux petits laridés nichent régulièrement en Suisse et utilisent aussi la zone de transition entre milieux terrestre et aquatique pour se reproduire. La disparition de leurs sites de nidification naturels suite aux aménagements des plans et cours d’eau inféode désormais ces deux espèces aux sites artificiels tels que plateformes et radeaux. Plus compétitif, le goéland leucophée occupe une partie de ces sites et accapare des dispositifs prévus pour héberger des dizaines de nids des autres espèces, en plus d’être un prédateur occasionnel de leurs oeufs, de leurs jeunes et parfois aussi des adultes.

    Pour réduire la concurrence entre laridés, il faut entretenir les dispositifs existants et en mettre de nouveaux à disposition. La renaturation des milieux aquatiques et la remise en eau des zones humides peuvent à long terme recréer des sites de nidification naturels. À court terme, on peut laisser inaccessibles les sites artificiels jusqu’à l’arrivée des oiseaux, en ne mettant à sec les radeaux ou en ne découvrant les plateformes qu’en mars pour la mouette rieuse et à la fin avril pour la sterne pierregarin. Dès qu’une colonie de l’une de ces espèces s’est formée, les couples peuvent défendre le site ensemble contre les goélands. Les grillages métalliques qui laissent l’accès aux petites espèces mais empêchent le goéland leucophée de se poser ont aussi fait leurs preuves. Une offre suffisamment riche en sites de nidification pour les deux petits laridés est également importante pour leur permettre d’en changer si des prédateurs nouvellement spécialisés s’établissent à proximité de la colonie – comme cela a été rapporté ces dernières années notamment pour le milan noir, la buse variable, le grand-duc d’Europe et la corneille noire.

    Les mesures prises jusqu’ici pour protéger la mouette rieuse et la sterne pierregarin semblent couronnées de succès : l’effectif de la première s’est plus ou moins stabilisé à un niveau faible, tandis que la population de la seconde augmente clairement depuis des années. De plus, de nouveaux sites artificiels sont adoptés.