Comment promouvoir le pouillot siffleur ?

    La Station ornithologique, en collaboration avec les forestiers et forestières, a transposé dans un programme de conservation le savoir acquis à ce jour par la recherche sur les exigences écologiques du pouillot siffleur.

    En éliminant l’abondante strate arbustive, un habitat approprié pour le pouillot siffleur est créé.
    En éliminant l’abondante strate arbustive, un habitat approprié pour le pouillot siffleur est créé.
    photo © Elias Häller, Karin Feller
    Les mesures forestières fonctionnent : ici un pouillot siffleur défendant son territoire après une intervention.
    Les mesures forestières fonctionnent : ici un pouillot siffleur défendant son territoire après une intervention.
    photo © Adrian Wullschleger

    La population suisse du pouillot siffleur a connu un net recul depuis les années 1990, et l’espèce figure depuis 2010 dans la catégorie « vulnérable » de la Liste rouge. Les habitats forestiers qu’il préfère sont sujets à une incessante disparition, du fait de la pratique sylvicole actuelle de la forêt permanente et de l’augmentation de l’apport d’azote en forêt, qui favorise une strate herbacée plus luxuriante. Ses exigences écologiques conduisent le pouillot siffleur à coloniser en premier lieu des forêts de feuillus dès le stade jeune futaie, à partir d’un diamètre de tronc de 30 cm, et qui présentent plutôt une canopée fermée et homogène. La quasi-absence de végétation dans les strates herbacée et arbustive et une couverture du sol modérée à moyenne par de l’herbe sont également importantes. Espèce prioritaire du programme « dConservation des oiseaux en Suisse », le pouillot siffleur dépend de mesures de conservation spécifiques.

    Utilité des mesures forestières ciblées

    Dans le cadre du programme de conservation initié en 2016, les mesures sylvicoles ciblées pour le pouillot siffleur ont été déterminées. C’est ainsi qu’en hiver 2016-17, des interventions ont eu lieu en collaboration avec les forestiers et forestières locaux dans des forêts du nord-ouest de la Suisse non occupées par l’espèce, mais pouvant lui convenir : l’élimination de petits arbres et de buissons dans la strate arbustive a permis d’éclaircir la zone proche du sol et la partie inférieure des troncs, tout en gardant intacte la canopée fermée.

    Pour évaluer l’effet de ces interventions, la Station ornithologique a relevé, entre 2016 et 2020, diverses données sur les surfaces sujettes aux mesures et sur des surfaces contrôles, non touchées. Certaines propriétés de la structure forestière ont été relevées, ainsi que la présence du pouillot siffleur et d’autres oiseaux nicheurs, et également celle de souris. Il s’agissait d’estimer les effets des mesures sur d’autres espèces d’oiseaux. En 2021, la Fondation Fledermausschutz a de plus étudié la présence de plusieurs espèces de chauves-souris par un suivi acoustique.

    Les résultats montrent que ce genre d’interventions sur des surfaces adéquates peut favoriser l’installation du pouillot siffleur, en particulier si l’espèce est déjà présente à proximité. Une plus grande activité de certaines espèces de chauves-souris dans les surfaces avec interventions a également pu être prouvée. En revanche, les mesures n’ont montré aucun effet sur la fréquence d’autres oiseaux nicheurs. Il semble ainsi que des interventions forestières ciblées dans les surfaces adéquates puissent créer un habitat convenant à la nidification du pouillot siffleur, au moins à court terme. Elles sont cependant relativement chères et leur effet à long terme est incertain.

    Conserver les habitats de nidification

    Il est dans tous les cas prioritaire de conserver les habitats de nidification existants et déjà occupés. Il convient donc de renoncer à pratiquer des éclaircies dans ces peuplements. Les forestiers et forestières et les propriétaires peuvent ainsi contribuer à conserver le plus longtemps possible l’habitat existant. Par des subventions non seulement pour « forêts claires » mais aussi pour « forêts feuillues homogènes et sombres », ainsi que par des conventions pour conserver les habitats de nidification, les pouvoirs publics et les institutions privées peuvent soutenir les acteurs et actrices forestiers dans la conservation du pouillot siffleur en Suisse.