Résumé
La révision de la liste des espèces prioritaires suit en principe le rythme décennal de celle de la liste rouge, dont la dernière en date remonte à 2021. L’actualisation de cet instrument important de la protection des oiseaux en Suisse est maintenant sous toit et fait l’objet de la présentation qui suit.
La protection et la conservation de la diversité biologique sont des éléments clés du développement durable et sont inscrites dans des accords internationaux et la législation nationale. Pourtant, la biodiversité perd continuellement du terrain depuis 1900 (Lachat et al. 2010). Plus d’un tiers des espèces évaluées dans le cadre des listes rouges, et près de la moitié des milieux naturels, sont aujourd’hui menacés (OFEV 2023). Depuis 2012, la Suisse dispose d’une stratégie nationale pour la biodiversité (OFEV 2012), concrétisée par un plan d’action en deux phases : 2017-2024 (OFEV 2017) et 2025-2030 (OFEV 2024).
La loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN) stipule que la disparition d’espèces indigènes doit être prévenue par le maintien d’espaces vitaux, ainsi que par d’autres mesures appropriées (art. 18 LPN). La protection de la nature inscrite dans la législation dispose de divers instruments voués à atteindre les objectifs de préservation de la diversité des espaces vitaux, des écosystèmes et des espèces. Jusqu’ici, les niveaux d’action comprenaient les habitats, les sites, et les espèces. Dorénavant, ils seront dénommés « mode d’exploitation favorisant la biodiversité sur l’ensemble du territoire », « infrastructure écologique » et « conservation ciblée des espèces ». Une utilisation des ressources naturelles favorable à la biodiversité est mise en oeuvre à l’échelle nationale grâce à des politiques sectorielles, comme la compensation écologique dans l’agriculture. En font partie la compensation écologique dans l’agriculture, l’aménagement naturel des espaces urbains, et la gestion forestière respectueuse de la nature. La mise en place d’une infrastructure écologique est un objectif clé de la « Stratégie Biodiversité Suisse » depuis 2012 (OFEV 2012). La notion légalement établie d’infrastructure écologique comprend le maintien, la valorisation et la mise en réseau de milieux naturels, tels que l’exigent, par exemple, les lois sur l’agriculture, la protection de la nature, la forêt et la chasse. C’est aux cantons de définir les zones d’importance en matière de bases naturelles de la vie (OFEV 2024). Pour constituer un réseau d’espaces vitaux terrestres et aquatiques de grande valeur écologique, il est nécessaire d’étendre des aires dites centrales (Parc national suisse, coeurs de parcs naturels régionaux, zones protégées, etc.) et d’assurer la préservation de sites permettant leur mise en réseau. La conservation ciblée des espèces comprend des programmes distincts et ajustés aux exigences propres de ces dernières. Elle intervient lorsque les deux autres niveaux d’action ne suffisent pas à maintenir une espèce à long terme dans une région donnée.
Au vu des ressources limitées de la Confédération et des cantons, il convient d’établir des priorités, afin d’investir les moyens là où ils sont les plus importants et urgents pour la préservation et la conservation de la biodiversité, et où un effet optimal peut se déployer. Les espèces, qui doivent avant tout pouvoir profiter de ces programmes, sont d’abord celles pour lesquelles la Suisse assume une responsabilité particulière dans le contexte international. Des bases techniques et des analyses scientifiques sont requises pour définir ces priorités.
Les listes rouges des espèces menacées constituent une base inscrite dans la loi (art. 14 LPN). Depuis plus de 20 ans, elles sont élaborées en Suisse d’après les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Grâce à ces derniers, le risque d’extinction d’une espèce à court terme peut être estimé pour différents niveaux géographiques, p. ex. listes rouges ne suffisent toutefois pas lorsqu’il s’agit d’établir des priorités pour la protection des espèces, comme le souligne l’UICN elle-même (cf. p. ex. Miller et al. 2006 ; IUCNStandards& PetitionsCommittee2022) : en effet, le risque d’extinction d’une espèce en Suisse ne peut, à lui seul, refléter les conséquences possibles à l’échelle mondiale. La comparaison des sorts de la Caille des blés Coturnix coturnix et de la Perdrix bartavelle Alectoris graeca, classées sur la liste rouge suisse comme vulnérables (VU) selon les critères de l’UICN, nous l’illustre : s’agissant de la Caille, présente dans presque toute l’Europe, en Asie occidentale et dans certaines parties de l’Afrique du Nord, de l’Est et du Sud, notre pays endosse une responsabilité moindre que celle concernant la Bartavelle, dont la distribution se limite aux Alpes, à l’Italie et à la péninsule balkanique, et dont la Suisse abrite environ 6% des effectifs mondiaux (Knauset al. 2021a). Prendre en compte l’importance internationale des populations suisses est ainsi nécessaire pour dresser des priorités de protection nationale.
En 2001, la Station ornithologique suisse et BirdLife Suisse ont élaboré un concept pour identifier des espèces d’oiseaux prioritaires (alors désignées comme « espèces à responsabilité » et « espèces particulièrement importantes pour la protection de la nature »). Le procédé reposait sur une combinaison de trois facteurs : « menace », « responsabilité » et « rareté » (ce dernier servant à exclure les espèces ayant toujours été rares ou n’ayant jamais niché en grand nombre ; Keller & Bollmann 2001). Cette liste sert de base pour une autre étape de priorisation : l’identification des espèces à conserver à l’aide d’un programme spécial et taillé selon leurs besoins. Pour ce faire, des critères de sélection basés sur la nécessité d’agir et l’adéquation des instruments de protection de la nature existants (protection des habitats, des sites ou des espèces) ont été utilisés. Le résultat en est la liste des espèces prioritaires pour une conservation ciblée (alors nommées « espèces prioritaires pour le programme de conservation des espèces » ; Bollmann et al. 2002). Ces concepts ont fait leurs preuves dans la pratique et les listes ont été actualisées moins de dix ans après (Ayé et al. 2011). En parallèle, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a défini des « espèces prioritaires au niveau national » pour autant de taxons que possible (OFEV 2011), en combinant, pour chacun d’eux, leur degré de menace et la responsabilité internationale de la Suisse. La préservation et la conservation de toutes les espèces prioritaires au niveau national sont d’importance capitale pour la biodiversité, en Suisse et à l’international.
Dans cette liste, le procédé a été légèrement adapté pour certains groupes (notamment les invertébrés, les mammifères et les oiseaux ; OFEV 2011), de sorte que la méthode n’était pas uniforme pour tous les taxons. La liste des espèces prioritaires au niveau national a été actualisée pour la première fois en 2019 (OFEV 2019), sans modification pour les oiseaux.
Dans le cadre de la présente révision, les responsables des centres de données et d’informations pour les différents groupes d’organismes ont élaboré, avec l’OFEV et sous la direction d’InfoSpecies, un concept applicable à tous les taxons. Les pourcentages seuils ont été explicitement omis, par manque de données suffisamment fiables sur la distribution ou les effectifs en Suisse et en Europe en dehors de quelques espèces et des oiseaux. Le principe est cependant le même : les espèces prioritaires au niveau national sont identifiées sur la base d’une combinaison de facteurs évaluant la menace et la responsabilité (OFEV & InfoSpecies2025 ; fig. 1). La procédure standard a été optimisée, afin de compenser les différences entre les groupes, en particulier entre organismes sédentaires et mobiles.
La présente publication établit la procédure standard de 2025, en se concentrant sur les oiseaux. Elle répond aux questions suivantes :
1. À quel niveau d’action est attribuée chaque espèce prioritaire et quel est le niveau d’urgence de la prise de mesures ?
2. Combien d’espèces prioritaires sont présentes dans les différents habitats ?
3. Quelles sont les différences entre les listes de 2010 et de 2025 ?
Cette nouvelle liste des espèces prioritaires remplace celles de 2010 (Keller et al. 2010 ; OFEV 2011) et de 2019 (OFEV 2019).
Collaboratrices et collaborateurs