À la fin de la dernière période glaciaire, il y a 12 000 ans, les plaines d’Europe étaient dominées par la toundra. Quand le paysage s’est transformé, devenant inhabitable pour le Lagopède alpin et consorts, ces espèces ont trouvé refuge en haute montagne, où elles ont pu se maintenir jusqu’à présent. Les oiseaux nicheurs d’Europe se trouvent aujourd’hui dans une situation similaire. Pour nombre d’entre eux, les activités humaines ont provoqué – et provoquent encore – une disparition à large échelle des habitats de reproduction. Le changement climatique permet à quelques espèces de coloniser des habitats plus élevés, qui jouissent pour l’heure souvent de conditions un peu plus naturelles, ou de les occuper en plus grande densité. Un tel scénario est cependant impossible dans la majeure partie de l’Europe qui ne compte pas de montagnes. Les régions de montagne portent donc une responsabilité particulière pour la conservation de la biodiversité, non seulement pour les espèces alpines, mais aussi pour les espèces de plaine. La prise au sérieux de cette responsabilité déterminera la possibilité que les Alpes servent de refuge, dans l’actuel Anthropocène comme il y a 12 000 ans. Si le changement climatique et l’intensification se poursuivent également en montagne, il faudra bien s’attendre à enregistrer de plus en plus de déclins.