Ces 200 dernières années, le paysage de la Suisse s’est métamorphosé à une vitesse sans précédent. Plus de 90 % des zones humides ont disparu de 1850 à 2010, tandis que les paysages cultivés ont été modifiés par les remaniements parcellaires, la fertilisation et la mécanisation. La croissance démographique et le développement des infrastructures ont en outre transformé des régions rurales en agglomérations et les apports de nutriments ont entraîné la fertilisation des sols maigres et l’eutrophisation des eaux. En revanche, la loi sur la chasse a soustrait nombre d’espèces à une persécution séculaire.
Ces mutations drastiques ont fortement imprégné l’évolution de notre avifaune : entre 1900 et 2010, 32 espèces (dont 4 échappées de captivité) se sont établies comme nicheuses dans notre pays et 8 en ont disparu. On doit d’un côté ce bilan positif à des nouveaux venus, comme le Corbeau freux ou le Grand Cormoran qui, en tant que coloniaux, sont particulièrement sujets aux persécutions et ont donc directement tiré profit d’un cadre protecteur international amélioré, d’un autre côté à des espèces qui, en dépit de leur important recul, ont pu se maintenir par endroits, en partie grâce à des mesures de conservation (p. ex. Chevêche d’Athéna). Ce bilan, qui n’est autre qu’un nombre d’espèces, ne reflète donc que partiellement les principales évolutions de notre avifaune. Certains nicheurs des milieux humides, en particulier, ont subi de sévères pertes : si Courlis cendré ou Chevalier gambette se sont éclipsés, Coucou gris, Marouette ponctuée ou Chevalier guignette ont énormément pâti de la réduction drastique de leurs habitats. En outre, des représentants typiques et autrefois très répandus des espaces cultivés, comme la Pie-grièche à tête rousse, le Rougequeue à front blanc ou le Pipit des arbres, ont considérablement régressé, voire disparu, par manque de conditions actuelles favorables à leur reproduction. Ajoutons encore la diminution des insectes, qui les prive de leur base alimentaire.