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Aigles empoisonnés par le plomb des munitions

août 2015

La Station ornithologique suisse et ses partenaires scientifiques et gardes-faune ont pu lever les derniers doutes : le plomb qui empoisonne les aigles royaux et les gypaètes barbus provient de munitions. Il est temps de passer à des munitions sans plomb pour protéger les grands rapaces.

En Suisse, aigles et gypaètes sont exposés à une forte contamination au plomb. Dans Avinews d’avril 2014, nous avons évoqué les résultats d’un projet de recherche de la Station ornithologique mené en collaboration avec le service de la chasse et de la pêche des Grisons, l’Institut médico-légal et l’Institut de pharmacologie et de toxicologie de l’Université de Zurich.

Le plomb est largement utilisé dans la fabrication de la grenaille et des balles. Les aigles et les gypaètes qui se nourrissent des restes des chamois, cerfs et bouquetins abattus à la chasse ou par les gardes-faune risquent de retrouver du plomb dans leur chaîne alimentaire. La forte acidité stomacale des rapaces transforme le plomb élémentaire, ce qui accélère son absorption par l’organisme. Des quantités minimes de ce métal lourd hautement toxique peuvent entraîner une perte d’appétit, de la faiblesse et finalement la mort. Comme le plomb peut aussi arriver dans la chaîne alimentaire par des sources naturelles (sol), les organisations voulaient savoir précisément l’origine du plomb retrouvé chez ces oiseaux.

Pour clarifier la question, nous avons déterminé deux rapports isotopiques (207Pb/208Pb et 206Pb/208Pb) de diverses sources (munition, os de grands-ducs et d’aigles royaux, os de proies et échantillons de sol du canton des Grisons). Il en est ressorti que la signature isotopique du plomb des os d’aigles était semblable à celui du plomb de munition, mais qu’elle différait fortement de celle du plomb du sol. L’étude des os d’aigle n’a pas permis d’établir un lien entre la concentration de plomb et le rapport des isotopes de plomb, ni une accumulation du plomb liée à l’âge. On peut conclure à partir de ces résultats que le taux élevé de plomb des aigles royaux provient effectivement de la munition de chasse.

La meilleure explication sur le mode d’absorption de plomb par les aigles est donc bel et bien l’ingestion de petits fragments de plomb restés dans les carcasses ou les viscères d’animaux abattus. Nous avons pu montrer à l’aide de photos que les aigles royaux se repaissent systématiquement de viscères durant la chasse au gros gibier et au bouquetin. Pour confirmation, nous avons analysé la teneur en plomb des grandes plumes d’aigles. Comme les plumes grandissent en continu, il est possible d’en déduire un schéma temporel de l’absorption de plomb. Dans environ un quart des plumes, il y avait de forts taux de plomb dans un segment de plume sur trois, alors que les deux autres segments de la même plume n’en contenaient quasiment pas. Cela indique que le plomb n’est pas absorbé tout au long de l’année, mais épisodiquement, sous forme de particules. Dans de rares cas, les doses ingérées sont très toxiques, mais la plupart du temps il s’agit de quantités sublétales entraînant la perte d’appétit et l’affaiblissement.

Les résultats confirment nos craintes: c’est bel et bien la munition de chasse au plomb qui est responsable de l’intoxication des aigles royaux et des gypaètes barbus. Pour prévenir de futurs cas, les administrations de chasse de divers cantons n’utilisent déjà aujourd’hui que des munitions sans plomb. La balle est à présent dans le camp de l’industrie des munitions et des chasseurs : il s’agit de remplacer le plus vite possible la munition au plomb, car l’avenir de la chasse est sans plomb.

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