Les bases pour un monitoring acoustique de la Chouette de Tengmalm et de la hevêchette d’Europe
Riepilogo
La Chevêchette d’Europe et la Chouette de Tengmalm sont des habitantes discrètes des forêts de montagne. Pour les recenser, il faut effectuer des contrôles spécifiques entre février et mars. À cette période, leur habitat est généralement difficile d’accès en raison de la neige, et plus encore la nuit. C’est pourquoi on soupçonne depuis longtemps que les données de base utilisées pour calculer l’indice national de population de ces deux espèces sont incomplètes. En Suisse, on trouve depuis longtemps déjà des indices qui laissent supposer un recul de la population de Chouettes de Tengmalm dans le Jura (voir ci-dessous) et une augmentation de celle des Chevêchettes. La Chevêchette a étendu son aire de répartition dans le Jura et s’implante également sur le Plateau. Ces évolutions ne se reflètent toutefois pas dans les indices de population nationaux, qui reposent sur des observations occasionnelles et indiquent une apparente stabilité. C’est pourquoi la Station ornithologique suisse s’est fixée pour objectif d’améliorer la base de données pour ces deux espèces.
Cette étude a permis d’élaborer les bases d’une méthode ayant vocation à être appliquée à l’échelle nationale. Nous avons comparé les méthodes de surveillance acoustique passive (PAM) et de repasse avec l’écoute traditionnelle. Dans le cas de la PAM, des enregistreurs acoustiques autonomes enregistrent les cris des oiseaux, en particulier ceux des chouettes. Dans le cas de la repasse, des chants enregistrés au préalable sont diffusés, afin de provoquer une réponse des mâles et ainsi déterminer leur présence. Nous avons également comparé la faisabilité, les coûts et les avantages du PAM et de la repasse. Dans le cas de la repasse, il est particulièrement important de savoir si cette perturbation exerce une influence sur l’activité vocale ou le succès de reproduction. En outre, les contrôles annuels des nichoirs et des cavités creusées par des pics ont été poursuivis afin d’enregistrer le succès de reproduction et de baguer les jeunes. Les travaux ont été réalisés conjointement par des bénévoles et des employés de la Station ornithologique. Le présent rapport donne un aperçu des travaux de terrain effectués, tandis que l’analyse des données acoustiques est toujours en cours. Il s’agit donc d’un rapport intermédiaire, et non d’un rapport final.
La zone étudiée couvre une superficie de 1129 km² et se situe dans le Jura occidental, à parts égales en Suisse (canton de Vaud) et en France (département du Doubs). Sur 681 km² (environ 60 % de la superficie totale) s’étend une forêt mixte caractérisée par des peuplements de hêtres, de sapins et une forte proportion d’épicéas. Grâce au travail bénévole mené depuis des décennies par trois groupes de recherche locaux (GOBE, GTVJ, GERNOV), 270 nichoirs à Chouette de Tengmalm ont été installés sur cette surface et 868 cavités de Pic noir ont été relevées. Au total, 228 cavités creusées principalement par le Pic épeiche et utilisées par la Chevêchette ont également été recensées. Depuis 1985, les bénévoles ont constitué un ensemble unique de données sur l’évolution des effectifs, la biologie de la reproduction et la biologie des populations des deux espèces de chouettes. Les populations nicheuses des deux espèces sont soumises à de fortes fluctuations, dues à une disponibilité alimentaire variable. Ce phénomène est particulièrement prononcé chez la Chouette de Tengmalm, dont la population a fortement diminué entre 1989 et 2024. Dans le cadre du présent travail, toutes ces données ont pu être regroupées pour la première fois dans un projet SIG commun.
Comme le montrent aussi les études à long terme du Jura, les tendances annuelles, tant pour la Chevêchette que pour la et la Chouette de Tengmalm, y sont en corrélation avec l’abondance de leurs proies, les micromammifères qui, elle-même, dépend de la production de faînes. On peut donc en conclure que la faible fructification des hêtres à l’automne 2022 a probablement entraîné une diminution du nombre de petits rongeurs, ce qui s’est traduit par une faible présence des deux espèces de chouette et un nombre réduit de couvées au printemps 2023. L’année suivante, le nombre de couples de Chouette de Tengmalm a triplé, passant de 22 en 2023 à 64 en 2024, ce qui est très probablement dû à la fructification abondante des hêtres à l’automne 2023. La population de la Chevêchette est passée de 9 couples en 2023 à 21 en 2024.
Au cours de ces deux années, la repasse a été diffusée sur 15 sites où la Chouette de Tengmalm était présente, contre 68 sites témoins sans repasse, où la Chouette de Tengmalm était également présente. Au cours de la même période, la repasse a été diffusée sur sept sites où la Chouette chevêchette était présente, et comparée à 22 sites témoins sans repasse, mais avec présence avérée de chouette.
Les appareils ont enregistré 33 510 heures sur 52 sites en 2023 et 36 145 heures sur 45 sites en 2024. Ces 69 655 heures d’enregistrement au total (qui équivalent à près de huit ans d’écoute continue) seront analysées à l’aide d’un algorithme en cours de développement, afin de déterminer les types de cris (mâles, femelles, cris d’accouplement, cris des jeunes, etc.). Les trois méthodes d’enquête (écoute traditionnelle, PAM, repasse) ont été comparées sur la base de six critères. On peut déjà conclure que le PAM obtient les meilleurs résultats pour quatre d’entre eux (probabilité de détection, fiabilité des données à long terme, effort sur le terrain, risque de perturbation). Seul « l’effort au bureau » est plus important avec le PAM en raison de l’analyse en aval des enregistrements. Pour le calcul de l’indice de population annuel, la surveillance acoustique passive s’avère donc prometteuse pour un suivi à long terme de ces chouettes discrètes.