Les données de terrain ont également permis de constater qu’environ 10 % des pouillots siffleurs empruntaient des éléments lyriques à une autre espèce, le pouillot de Bonelli, dix fois plus commun dans la zone d’étude. Les deux espèces ont une niche écologique similaire et utilisent en grande partie les mêmes ressources, ce qui rend la concurrence relativement grande. Une explication plausible à cette stratégie est que les pouillots de Bonelli réagissent davantage au chant défensif des pouillots siffleurs s’il contient des éléments de leur propre chant. Ainsi, leurs territoires se chevauchent moins.
Shannon Luepold a effectivement découvert que les pouillots de Bonelli répondent de manière plus agressive à ce chant mixte, mais cette réaction n’a toutefois pas conduit à une diminution de la superposition des territoires. Pour l’instant, la raison qui pousse certains pouillots siffleurs à intégrer des motifs du chant du pouillot de Bonelli dans le leur reste donc cachée dans les feuillages des versants du Jura.
À force de le côtoyer, Shannon Luepold s’est prise d’affection pour le pouillot siffleur. Si elle a pu mettre en lumière certains aspects de son écologie fascinante, d’autres demeurent incompris. Afin de mieux déchiffrer ce petit chanteur, nous devons modifier notre impact sur les forêts suisses pour qu’il subsiste dans les bocages ouverts et continue de les enrichir de son chant cristallin.