Conservation et monitoring intégré des populations du Faucon crécerelle et de l’Effraie des clochers: Rapport de la période 2016–2018
Abstract
Le monitoring intégré des populations de Faucon crécerelle et d’Effraie des clochers a débuté en 2002 et le présent rapport se base sur les données collectées entre 2002 et 2018. Dès 2012, le nombre de nichoirs contrôlés se situe entre 2000 et 2500. La population de Faucons crécerelles a doublé durant les vingt dernières années. L’indice d’occupation a légèrement augmenté pendant cette période, pour un réseau de nichoirs qui jusque vers 2012 était en constante augmentation. L’indice d’occupation des Effraies des clochers fluctue fortement. Après l’effondrement des populations nicheuses suite à des hivers rigoureux, les effectifs se sont rétablis à taux d’occupation relativement haut pour la période 2016-2018.
La grandeur des pontes était dans la norme pour les deux espèces durant la période 2016-2018. Une mortalité des poussins relativement forte les a touchées toutes deux en 2018. Lors de cette année, la productivité des Effraies a atteint la valeur la plus basse depuis 2008 avec 3,67 poussins par nichée. Pendant la décennie, seule 2013 présentait une productivité plus faible chez les Faucons crécerelles.
La date moyenne d’éclosion du Faucon crécerelle diffère de 21 jours entre le sud-ouest du pays et les collines du nord-est. L’altitude semble avoir une influence importante entre 300 et 600 m.
Un modèle intégré de population a démontré que la population de Faucons crécerelles installée en nichoirs produit des nouveaux nicheurs au-delà de ce qui permet de compenser la mortalité. Elle se comporte ainsi comme population-source, dont bénéficie les effectifs nicheurs voisins. Une modélisa-tion permet de vérifier que la productivité des couples établis en nichoir, relativement supérieure à celle se reproduisant en nids ouverts, explique une grande partie de la croissance de la population.
Une deuxième analyse démontre que la survie des Faucons crécerelles dans la première année est positivement corrélée à la productivité de l’année où ils ont éclos. Un indice de l’offre en micromammi-fères lors de la nidification est fortement corrélé avec la productivité. Les années avec forte offre en nourriture sont favorables autant au succès de reproduction qu’à la survie des jeunes.
Dans une troisième publication, la synchronie spatiale de la productivité des Faucons crécerelles a été étudiée. Jusqu’à 300 km la corrélation est positive. Cela signifie que le succès annuel rencontré par les nichées est similaire sur de grandes distances. Comme la productivité des crécerelles est en grande partie expliquée par la proportion de campagnols parmi les proies, une synchronie dans l’abondance de ces derniers paraît aussi exister sur de grandes distances.
Les 2000 à 2500 nichoirs entretenus et contrôlés chaque année par les collaborateurs bénévoles de la Station ornithologique contribuent fortement au maintien de l’Effraie et à l’essor du Faucon créce-relle. Par leur rôle d’auxiliaires dans la lutte contre les campagnols, ces deux rapaces sont en général appréciés par les agriculteurs. Les ornithologues contribuent également à la perception positive de ces espèces grâce à leurs efforts de sensibilisation. Le programme coordonné du monitoring des po-pulations de Faucons crécerelles et d’Effraies des clochers constitue ainsi un pont entre les milieux de la protection de la nature et ceux de l’agriculture, où les échanges se nourrissent d’intérêts communs.
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